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31 octobre 2012

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Le 7 octobre 1973, Lucien Rault, remportait à 37 ans la première édition du Morlaix - Saint-Pol. 39 ans plus tard, le Costarmoricain se souvient parfaitement de cette course qui fêtera sa 40eédition dimanche et à laquelle il doit beaucoup.

Le sport est-il bon pour la santé? A voir Lucien Rault, 76 ans, la réponse est oui, sans hésitation. L'ancien champion vit une retraite paisible chez lui à Loudéac aux côtés de Maryvonne, son épouse depuis 50 ans. Aujourd'hui encore, l'homme aux quinze titres d'affilée de champion de Bretagne de cross (1961-1975) marche quotidiennement six à sept kilomètres «pour garder la forme». Mais le plus étonnant chez le champion du monde de cross par équipes (1978), c'est sa mémoire. Il se souvient avec détails de chacune de ses courses. Il vous les raconte comme si elles avaient eu lieu la veille. Il vous cite ses places, celles de ses adversaires, les écarts, les chronos... «Et pourtant, je peux vous assurer qu'il n'a pas révisé avant votre venue», rigole son épouse en voyant notre étonnement.

Cahiers d'écolier

Et si jamais Lucien Rault a un petit oubli sur sa fabuleuse carrière disputée sous les couleurs de Rostrenen puis de Plouguenast, il lui suffit de se replonger dans ses archives. Dans un carton défraîchi, il garde des dizaines de cahiers d'écolier où sont collés, année après année, tous les articles de presse le concernant. «C'est mon frère Louis qui faisait ça. Il me les a offerts pour mes 50 ans. Ce fut une belle surprise», se souvient-il en ouvrant le cahier intitulé «Athlétisme 1973». Quelques pages après les articles relatant son titre de champion de France du 10.000m sur piste, figurent les papiers sur le Morlaix - Saint-Pol et, notamment, celui paru dans Le Télégramme du 8octobre 1973. «Lucien Rault (1er) et Jean Le Vaillant (2e), héros d'un superbe semi-marathon Morlaix - Saint-Pol», titrait Robert Le Goff, le journaliste chargé de couvrir l'événement qui avait attiré sur les 22,700km séparant Morlaix de Saint-Pol-de-Léon... 134 participants dont une féminine! Invité par Pierre Le Dain, le créateur du Saint-Pol-Morlaix, Lucien Rault a failli décliner l'invitation. «Je n'étais pas très chaud car je n'avais jamais fait une telle distance.» Le champion a d'autant plus hésité qu'à l'époque, les courses sur route étaient mal vues par la Fédération française d'athlétisme. «La Fédé ne m'a jamais sanctionné mais elle me reprochait de gagner de l'argent. Vous savez, on n'en gagnait pourtant pas beaucoup...»

Une bouteille de calva à l'arrivée

Ce dimanche 7octobre 1973, Lucien Rault était malgré tout au départ au pied du viaduc de Morlaix. «Il y avait énormément de monde à regarder, aussi bien au départ que dans les villages», se souvient-il. «Les gens criaient», ajoute son épouse, sa première supportrice. En 1973 et en 1974, le semi-marathon se courait dans le sens Morlaix - Saint-Pol-de-Léon et les athlètes devaient d'emblée gravir une sacrée bosse pour monter à Saint-Martin-des-Champs. «C'était vraiment dur et je me disais que jamais je n'arriverais à Saint-Pol.» Prudent, l'athlète calquait sa course sur Bernard Caraby, le champion de France de marathon. «Je me souviens que vers le 10ekilomètre, Bernard m'a dit: "Lucien, j'ai un cadeau pour toi. Tu m'y feras penser à l'arrivée ".» Chose promise, chose due, Caraby, en bon Normand, offrait après la course une bouteille de calva à son ami. «Caraby m'a surtout donné un bon conseil pendant la course. Au 12ekm, il m'a dit:"Si tu veux gagner, il faut que tu y ailles maintenant".» Rault accélérait et reprenait à trois kilomètres de l'arrivée le Lannionnais Jean Le Vaillant, échappé dès le départ. «Je l'ai regardé et je lui ai demandé comment ça allait. J'ai bien vu qu'il avait un petit coup... » Et voilà comment Lucien Rault gagnait son premier Morlaix - Saint-Pol en 1h11'43''. De cette course, il se souvient avec bonheur de son frère Louis qui avait voulu l'accompagner à vélo. «Il n'était pas assez entraîné, il a été lâché... »

Record de France du 20km et de l'heure

Le soir, le vainqueur et ses frères Charles, Henry et Louis se retrouvaient autour d'un bon repas. «Ils voulaient que j'aille le week-end suivant à Paris courir les championnats de France du 20km et de l'heure. Moi, je n'étais pas chaud pour y aller. Mais comme le semi-marathon s'était bien passé, je me suis laissé convaincre.» Et il avait bien fait car, malgré des jambes lourdes, il gagnait et battait le record de France de Noël Tijou avec 59'11'' pour 20km et 20,305km en une heure, cinquième performance mondiale à l'époque. Ce record a tenu une quinzaine d'années. «Finalement, tout ça, c'est grâce au Morlaix-Saint-Pol.» En 1974, le Costarmoricain remportait à nouveau l'épreuve. En 1975, il triomphait dans le sens Saint-Pol - Morlaix. «J'ai toujours aimé l'ambiance de cette course mais j'étais loin d'imaginer qu'elle allait connaître un tel succès populaire. C'est formidable tous ces gens qui courent.» Invité par les organisateurs, Lucien Rault ne sera pas présent dimanche car il est pris par des obligations familiales. Dommage car ils seront 9.000 à fêter la 40eédition et la victoire du gars de Plouguenast.

  • Yves-Marie Théréné